Chapitre IV

Il parait que partir c’est mourir un peu ; ce qui est certain, c’est que partir c’est dire au revoir. Dieu qu’ils étaient beaux ces au revoir. Il y eut ceux de mon emploi, ma patronne m’offrit la croix de sa première communion, elle sera parfaite sur mon sac à dos. Son fils Romain, connaissant ma passion pour le bon café, m’offrit une petite cafetière à mains. Ce fut touchant de leur dire adieu, j’avais passé une année et demi à leur service, ils étaient de loin les meilleurs employeurs qu’il m’eut été donné d’avoir. Les bénévoles du ciné m’avaient organisé une petite sauterie, où entre autres présents je reçus une coquille Saint-Jacques, signe de reconnaissance des pèlerins du même nom, qui allait fièrement m’accompagner tout au long du chemin.

Puis vint la soirée entre amis, ils étaient presque tous là : Serge, Fred, Gaspard, Babeth, Germain, Manu, Kévin, Lucie et Hugo, réunis autour d’un bon repas. Tous savaient mes intentions de partir sans un clou. Ils me connaissaient, et n’étaient pas très inquiets, ou c’est qu’ils la dissimulaient bien. Germain en revanche, ne cessait de rêver de mon périple. Il me voyait abrité dans une cabane de chasseur, trempé par la pluie, transi de froid, à m’écorcher les doigts sur une boîte de corned beef. La nuit qui précédait les festives ripailles, il en fit un d’un tout autre tonneau… je rencontrais une femme sur le chemin ; nous étions tombés amoureux l’un l’autre. Après qu’il en ait décrit le caractère et le physique, Babeth s’est écriée « ouais, t’as rêvé de Flavien en gonzesse quoi ! »…
Une drôlesse, qu’en ferais-je ? J’en avais suffisamment bavé côté cœur pour m’encombré d’une femme, les menus plaisir qu’elles procurent sont trop cher payé pour moi. D’autant qu’au fond j’aspirais plus au sacerdoce qu’au mariage. Sacré Germain, il aura jusqu’au bout essayé de me ramener vers la gente féminine.

Ce fut ensuite au tour de la famille, pas aussi rassurée que mes amis en ce qui la concernait. Comme j’avais difficilement réussi à leur faire accepter l’idée de partir sans téléphone, il était évident que je ne piperai pas un mot du projet décroissance. Eux qui étaient de fervents marcheurs dans leur jeunesse, eux qui varappaient autour du Mont Blanc à l’époque où les GSM n’étaient mêmes pas encore inventés, il leur était inconcevable que je puisse me passer de cette technologie sur le chemin de randonnée le plus fréquenté au monde. Tu me diras, d’autres étaient plus tranquilles puisque convaincus que je ne tiendrai pas plus de neufs jours, faute d’entrainement physique. C’est bon de se sentir soutenu.


Dernière visite familiale, mon père. Je prévoyais de m’y entrainer à la marche mais la météo n’était pas de cet avis. Le chemin n’avait jamais été aussi près.

Bien qu’un pèlerinage s’entreprend en fermant la porte de chez soi pour rallier l’un des vaisseaux principaux, j’avais décidé de partir du Puy-en-Velay, pour deux raisons : la première c’est que je n’avais plus de chez moi ; la seconde, mon père habite juste à côté. Il m’y déposa le samedi 14 avril, j’aillais passer le week-end avec Babeth et Germain, avant qu’ils ne s’en retournent chez eux le dimanche et qu’enfin, le lundi 16 avril 2018…


Je m’en va !